PEINTURES DESSINS
Je travaille par séries.
Je construis pas à pas ma réflexion sur un certain ordre de la nature,
un cycle.
Revenir à la chose simple, l’essence.
La cellule, la graine, l’œuf, le début, le commencement, l’entité
première, la source.
La forme simple -le cercle, la ligne, l’ovale- la forme qui se retrouve
partout dans la nature.
J’observe et dessine ces motifs : pierres, cailloux, graines, végétaux,
œufs, vue de coupes
cellulaires au microscope, cercles concentriques d’une
souche d’arbre, constellations,
traces faites par l’eau dans le sable. Petites choses sensibles.
Langage discret, répétitif, construit et dessiné petit à petit.
Geste immuable, rassurant et obsessionnel, qui permet de rentrer dans une
sorte de transe,
recherche de la matière, de nuances. Travail de fourmi qui accumule et envahit.
Ainsi, dans toutes mes compositions, je répète à l’infini un motif, des
motifs.
Je mets en scène le vide, joue sur les contrastes : l’opacité et la
transparence, le motif qui
crée une vibration et l’aplat de couleur net, le
foisonnement et le vide épuré.
Je tends à aller vers l’essentiel, la forme efficace.
Je joue sur les variations de rythmes, créant un mouvement infini des
motifs.
J’arpente la surface, je laisse une trace, sème des graines, pond mes
œufs.
Je réinvente, je retranscris un univers cellulaire ou végétal qui
grouille et prolifère.
Je change d’échelle, passant d’un monde microscopique moléculaire à
l’infiniment grand,
dans une répétition obsédante. On devine un rapport au temps, chaque
motif-unité rappelle chaque
seconde passée, la minutie du geste. Je ponctue le vide de
l’espace de ces motifs, de ces taches. J’envahis l’espace, je récupère et collectionne et assemble.
Dans mes peintures dessins, il y a l’obsession du geste répété, comme
celui du scientifique, du
chercheur qui teste inlassablement et fait et refait
le même geste dans son laboratoire.
On est dans un monde observé à la loupe.
INSTALLATION DE PETITS POTS
Chaque pot, chaque gélule, fonctionne comme une
touche tache de peinture ; l’objet périssable,
consommable devient
plastiquement fort.
Les petits pots sont colorés, alléchants,
irrésistibles, on a envie de les engloutir, on est un peu
comme dans une
confiserie, où on pourrait choisir ses pots de « bonbons », ou dans
une mini
usine de petits pots de gélules. Les pots sont remplis de drogues attrayantes, des
petits objets
colorés et ludiques prometteurs aussi bien qu’effrayants. Petits
objets consommables.
Et paradoxalement ces médicaments sont périmés,
déformés, emballés, immangeables.
C’est aussi un champ, une culture de gélules, une
nouvelle alimentation transformée par
l’homme, sans plus aucun rapport avec
l’ordre de la nature.
VITRAIL
L’assemblage constitué d’emballages de médicaments
collectés et peints fonctionne comme un
vitrail, en écho aux petits pots, tout
est récupéré, collecté, recyclé.
Toujours dans une recherche sur le motif
géométrique répété, accumulé, envahissant la surface.
Le vitrail
est une composition décorative formée de pièces de verre coloré, que je détourne avec
des
objets du quotidien. J’en détourne aussi la symbolique : le vitrail est
considéré comme le
symbole de l’Immaculée Conception, la lumière traversant le
vitrail pour engendrer l’image, en
comparaison à la lumière divine qui traversa
la vierge pour enfanter le Christ.
Je raconte une autre histoire, celle de l’ère
industrielle, du consommable, du périssable, tout
en créant un monde poétique
et coloré. La lumière traverse mon vitrail et engendre l’image du
monde
contemporain.
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